Un parcours atypique entre postes dans de grandes entreprises, projets de bénévolat un peu par hasard et accident de la vie, Patricia GROS nous parle de son entreprise, Handishare. Un concept qui marche même si son projet sociétal est à contre-courant.

handishare

Comment votre parcours professionnel vous a-t-il amené à entreprendre dans l’Economie Sociale et Solidaire et à créer Handishare ?

C’est une combinaison de trois raisons qui m’a amenée à créer Handishare. J’ai passé 25 ans à travailler essentiellement dans de grands groupes en assumant diverses fonctions supports : marketing, communication, commercial, gestion, RH etc. J’ai appris beaucoup de choses, notamment techniques, mais il me manquait un côté plus humain.

Ensuite, nous avons fait un séjour en famille à Madagascar avec nos 4 enfants et ce qui devait être de simples vacances s’est transformé en projet social et humanitaire. Avec les photos prises pendant le voyage, nous avons réalisé un livre « Les enfants de l’Ile Rouge » qui s’est vendu à 4000 exemplaires. Grâce à cet argent, nous avons financé la construction de sept écoles à Madagascar. Cela m’a coûté en temps mais j’ai énormément appris sur le plan humain.

Enfin, j’ai été moi-même victime d’un accident de la vie, un accident de train lorsque j’avais 17 ans. Depuis, j’ai une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé (RQTH) mais j’ai eu la chance de pouvoir faire des études et avancer dans la vie.

Je crois qu’au fur et à mesure de mon parcours, ces trois raisons se sont recoupées et c’est à ce moment-là que j’ai créé Handishare.

Justement, pouvez-vous nous présenter votre société Handishare ?

Handishare est une entreprise de conseil opérationnel  et d’assistance aux fonctions supports : RH, comptabilité, gestion de la relation client, etc. Son originalité, c’est d’employer 100% de salariés reconnus en tant que travailleurs handicapés. L’idée était de permettre le retour à l’emploi de personnes touchées par un accident de la vie avec une très forte montée en compétences sur de nouveaux métiers compatibles avec leurs problèmes de santé.

En pratique, nous travaillons en B to B pour le compte de sociétés : je me rends chez les clients pour réaliser un audit, puis nous mettons en œuvre nos recommandations depuis nos locaux de Limonest. Les salariés d’Handishare ne se déplacent pas dans les entreprises clientes pour conserver un certain bien-être au travail et une bonne cohésion d’équipe.

Sous quel statut a été créée Handishare ?

Nous sommes en SAS et avons le statut d’Entreprise Adaptée, régie par le Code du Travail, sous agrément de la DIRECCTE. Nous suivons donc la même réglementation que n’importe quelle autre entreprise.

J’ai toujours considéré qu’Handishare faisait partie de l’Economie Sociale et Solidaire, même si notre statut juridique ne nous incluait pas de facto dans ce mode d’entrepreneuriat lors de sa création. Depuis la loi de 2014 sur l’ESS, nous sommes reconnus comme entreprise d’utilité publique et nous entrons donc pleinement dans ce cadre de l’ESS.

Comment a évolué Handishare après quatre années d’existence ? Quels retours avez-vous ?

Quand j’ai créé Handishare, j’étais seule, rapidement rejointe par un collaborateur à temps partiel. Aujourd’hui, la société que j’ai créée compte 15 personnes en CDI. C’est une belle équipe très soudée !

Certaines entreprises nous ont également accompagnés dans ce projet. Le groupe Total nous a fait un prêt d’honneur pour financer la rénovation des locaux, la fondation Seb nous a également soutenus, exemples parmi d’autres comme TRANE, MANITOWOC, le CREDIT MUTUEL, BAYER ou CONTITECH. Je suis contente de voir qu’Handishare fédère d’autres entreprises.

Nous avons également reçu sept trophées en trois ans. C’est une belle reconnaissance et cela veut dire que le concept répond à un réel besoin de nos clients mais aussi de personnes en reconversion professionnelle suite à un accident de la vie. C’est aussi une belle façon de nous dire que l’équipe est avant tout reconnue pour ses compétences.

La réussite de votre entreprise montre à elle seule que travailler avec des personnes en situation de handicap est possible, mais allez-vous plus loin dans votre démarche de sensibilisation ?

La démarche de sensibilisation passe par des rencontres avec les équipes d’Handishare. Par exemple, c’est pour nous impératif que nos clients se déplacent au moins une fois dans nos locaux. Il s’agit souvent d’une prise de conscience pour la personne qui nous rend visite et cela fait évoluer très positivement le regard qu’elle  peut  porter sur le handicap. Nous louons aussi une salle de réunion à des entreprises clientes, ce qui leur permet, encore une fois, de côtoyer nos salariés. Enfin, nous intervenons régulièrement chez des clients pour sensibiliser leurs salariés à ces questions, à travers des conférences ou des forums.

Pour conclure, quel regard portez-vous sur votre entreprise et ses valeurs ?

Les valeurs c’est le cap de notre entreprise et j’aime beaucoup cette citation de Sénèque qui disait « Il n’y a pas de bon vent pour qui ne connaît pas son port ». Les valeurs (professionnalisme, performance, agilité, audace, engagement, respect et différence), c’est le port d’Handishare. A la fin de chaque journée, en plus d’avoir un modèle économiquement rentable, je me dis que les personnes avec qui je travaille sont heureuses dans l’entreprise, heureuses d’avoir trouvé un emploi et d’être montées en compétences sur des missions parfois complexes : il s’agit vraiment d’un moteur quotidien.